Les poils des chiens sont-ils plus propres que ceux des barbes ?

Temps de lec­ture : 4 minutes

Des cher­cheurs suisses se sont deman­dés s’il était hygié­nique d’u­ti­li­ser les mêmes machines IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) pour les humains et les ani­maux. L’utilisation de ces machines par les ani­maux per­met­trait de faire face au peu d’é­qui­pe­ments pré­sents au niveau vété­ri­naire. Pour étu­dier l’hy­giène, les quan­ti­tés de bac­té­ries pré­sentes sur les poils de chiens et les poils de barbe ont été com­pa­rées. Des pré­lè­ve­ments ont ain­si été réa­li­sés chez trente chiens (de 16 races dif­fé­rentes) et chez 18 humains.

Comment compter les bactéries ?

Des géloses contactes ont été uti­li­sées pour culti­ver les bac­té­ries pré­sentes dans les poils. Les géloses sont des milieux de culture conte­nant de l’a­gar-agar ain­si que dif­fé­rentes molé­cules per­met­tant la crois­sance bac­té­rienne. Les bac­té­ries, dépo­sées à la sur­face, vont ain­si uti­li­ser les nutri­ments pré­sent dans ces géloses pour se déve­lop­per à leur sur­face. Il est impos­sible de voir direc­te­ment une bac­té­rie sur ces géloses car la taille des bac­té­ries est d’en­vi­ron 1 µm (soit 0,001 mm) ce qui infé­rieur à ce que l’on peut voir à l’œil nu.

Les bac­té­ries vont se déve­lop­per à la sur­face de la gélose tout en res­tant immo­bile à l’en­droit où la pre­mière bac­té­rie a tou­ché la gélose. Il va ain­si se for­mer un “tas” de bac­té­rie appe­lé colo­nie qui devient tel­le­ment grand qu’il est visible à l’œil nu : quelques mm à quelques cm. Une colo­nie peut conte­nir trois mil­liards de bac­té­ries (Bionumbers). On consi­dère que chaque colo­nie pré­sente sur la gélose cor­res­pond ini­tia­le­ment à une bac­té­rie. On uti­lise le terme UFC (uni­té for­mant colo­nie) qui cor­res­pond au nombre ini­tial de bac­té­rie.

En fonc­tion du nombre de colo­nies sur la gélose il est ain­si pos­sible d’es­ti­mer la quan­ti­té de bac­té­ries pré­sentes ini­tia­le­ment. Cette étude uti­lise trois caté­go­ries pour le dénom­bre­ment : faible (0 à 10 UFC), modé­ré (11 à 30 UFC) et éle­vé (plus de 30 bac­té­ries).

Combien de bactéries dans une barbe ?

Parmi les pré­lè­ve­ments chez les hommes, la tota­li­té pré­sen­tait un nombre éle­vé d’UFC tan­dis que seule­ment 23 chiens sur 30 ont un tel niveau. Les autres chiens ayant un nombre modé­ré d’UFC. Le nombre de bac­té­rie (ou d’UFC) n’est pas un indi­ca­teur d’hy­giène en soi même. En effet, les bac­té­ries ne sont pas for­cé­ment néga­tives pour la san­té humaine. De nom­breuses bac­té­ries ayant même un rôle posi­tif. La peau humaine est natu­rel­le­ment recou­verte de bac­té­ries qui l’aide à se défendre contre d’autres bac­té­ries nocives.

Les bactéries de la barbe sont-elles dangereuses ?

Deux espèces bac­té­riennes patho­gènes (c’est-à-dire capables d’in­fec­ter un humain) ont été retrou­vées par­mi les pré­lè­ve­ments : Enterococcus fae­ca­lis dans 5 barbes et Staphylococcus aureus dans 2 barbes res­pec­ti­ve­ment. Ces bac­té­ries sont dites patho­gène oppor­tu­niste car leur pré­sence n’im­plique par for­cé­ment une infec­tion et une mala­die. En effet, ces bac­té­ries peuvent être trou­vées chez des per­sonnes saines (por­teurs sains) et deve­nir patho­gène seule­ment lorsque les défenses de l’or­ga­nisme sont affai­blies (cou­pure, stress, mala­die, … ).

Exemples de quelques bac­té­ries patho­gènes oppor­tu­nistes retrou­vées chez les humains. Ces bac­té­ries peuvent être pré­sentes chez des por­teurs sains sans pro­vo­quer de symp­tômes. Lorsque les condi­tions deviennent favo­rable pour ces bac­té­ries, elles peuvent deve­nir patho­gène.

La bac­té­rie Staphylococcus aureus (éga­le­ment appe­lé Staphylocoque doré) est retrou­vée chez envi­ron 10 à 20 % des humains au niveau des fosses nasales ou de la gorge. Enterococcus fae­ca­lis est retrou­vé chez 20 % des humains au niveau de la cavi­té buc­cale et chez 80 % des humains au niveau du tube diges­tif. La pré­sence de ces deux bac­té­ries n’est donc pas sur­pre­nante puis­qu’elles sont natu­rel­le­ment trou­vées chez une par­tie des humains. Malgré le fait qu’elles soient répan­dues dans la popu­la­tion ces bac­té­ries peuvent quand même poser des pro­blèmes d’hy­giènes dans le cadre de milieu hos­pi­ta­lier où sont pré­sents des per­sonnes avec un sys­tème immu­ni­taire affai­blis.

Dans le cadre de cette étude la bac­té­rie Staphylococcus aureus a aus­si été trou­vée dans les poils d’un chien ain­si qu’une souche d’Enterococcus et deux souches de Moraxella. Le nombre de bac­té­ries patho­gènes est donc plus faible chez les chiens (4 /​ 30) que chez les humains tes­tés (5 /​ 18). Les auteurs indiquent comme limites à leur étude de ne pas avoir étu­dié les bac­té­ries pré­sentes sur la peau des femmes et éga­le­ment d’a­voir étu­dié seule­ment la pré­sence de bac­té­ries et non pas d’autres micro-orga­nismes comme les vers. D’autres limi­ta­tions pour­raient être citées telles que le faible nombre de par­ti­ci­pants ou la méthode d’é­tude ne per­met­tant de culti­ver qu’une par­tie limi­tée des bac­té­ries.

Les résul­tats de cette étude sont donc à rela­ti­vi­ser par rap­port à ce que cer­tains médias d’in­for­ma­tions indiquent. Le but de l’é­tude n’é­tant pas de com­pa­rer l’hygiène des ani­maux de com­pa­gnie à celle des humains. Pour répondre à la ques­tion ini­tiale, il sem­ble­rait que l’u­ti­li­sa­tion des appa­reils d’IRM par les ani­maux ne conta­mine pas le maté­riel médi­cal plus que les humains.

Référence de l’étude

Gutzeit, A., Steffen, F., Gutzeit, J., Gutzeit, J., Kos, S., Pfister, S., Berlinger, L., Anderegg, M., Reischauer, C., Funke, I., Froehlich, J., Koh, D., Orasch, C. (2018). Would it be safe to have a dog in the MRI scan­ner before your own exa­mi­na­tion ? A mul­ti­cen­ter stu­dy to esta­blish hygiene facts rela­ted to dogs and men. European Radiology. doi:10.1007/s00330-0185648‑z (lien)


Bibliographie com­plé­men­taire

Horn, J., Stelzner, K., Rudel, T., & Fraunholz, M. (2018). Inside job : Staphylococcus aureus host-patho­gen inter­ac­tions. International Journal of Medical Microbiology, 308(6), 607624. doi:10.1016/j.ijmm.2017.11.009 (lien)

Kao, P. H. N., & Kline, K. A. (2019). Jekyll and Mr. Hide : How Enterococcus fae­ca­lis sub­verts the host immune res­ponse to cause infec­tion. Journal of Molecular Biology. doi:10.1016/j.jmb.2019.05.030 (lien)

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1 réflexion sur “Les poils des chiens sont-ils plus propres que ceux des barbes ?”

  1. S

    Et sur­tout, 18 indi­vi­dus c’est assez peu pour tirer de grandes conclu­sions quant à l’hy­giène des barbes en géné­ral.
    D’autant que l’é­tude de la flore cuta­née de l’homme n’é­tait pas le but pre­mier de l’ar­ticle.
    C’est fou qu’un petit papier comme ça ait eu tant de visi­bi­li­té.

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