Les poils des chiens sont-ils plus propres que ceux des barbes ?

Temps de lec­ture : 5 minutes

Des cher­cheurs suisses se sont deman­dés s’il était hygié­nique d’u­ti­li­ser les mêmes machines IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) pour les humains et les ani­maux. L’utilisation de ces machines par les ani­maux per­met­trait de faire face au peu d’é­qui­pe­ments pré­sents au niveau vété­ri­naire. Pour étu­dier l’hy­giène, les quan­ti­tés de bac­té­ries pré­sentes sur les poils de chiens et les poils de barbe ont été com­pa­rées. Quels sont les résultats ?

Quel est le principe de l’étude ?

Des pré­lè­ve­ments ont ain­si été réa­li­sés chez trente chiens (de 16 races dif­fé­rentes) et chez 18 hommes bar­bus. Les bac­té­ries sont pré­le­vées en uti­li­sant un dis­po­si­tif appe­lé gélose contacte qui cor­res­pond à un milieu de culture pour bac­té­rie conte­nu dans une boite en plas­tique. Cette gélose est appli­quée sur une sur­face pour pré­le­ver les micro-orga­nismes pré­sents des­sus. Dans le cadre de cette étude, ces géloses contact ont été posées sur les poils. Après incu­ba­tion, il est pos­sible de dénom­brer les bac­té­ries qui ont été trans­fé­rées sur la gélose.

Schéma d’un pré­lè­ve­ment avec une gélose contact. Celle-ci est pla­cée en contact direct avec la sur­face à ana­ly­ser. Après le contact, la gélose est incu­bée dans les condi­tions vou­lues pour la crois­sance microbienne.

Comment compter les bactéries ?

Une fois les bac­té­ries trans­fé­rées, elles se trouvent sur la gélose à base d’a­gar-agar ain­si que de dif­fé­rentes nutri­ments, per­met­tant la crois­sance bac­té­rienne. Les bac­té­ries, dépo­sées à la sur­face, vont ain­si uti­li­ser les nutri­ments pré­sent dans ces géloses pour se déve­lop­per à leur sur­face. Il est impos­sible de voir direc­te­ment une bac­té­rie sur ces géloses car la taille des bac­té­ries est d’en­vi­ron 1 µm (soit 0,001 mm) ce qui infé­rieur à ce que l’on peut voir à l’œil nu.

Les bac­té­ries vont se déve­lop­per à la sur­face de la gélose tout en res­tant immo­bile à l’en­droit où la pre­mière bac­té­rie a tou­ché la gélose. Il va ain­si se for­mer un “tas” de bac­té­ries appe­lé colo­nie qui devient tel­le­ment grand qu’il est visible à l’œil nu : quelques mm à quelques cm. Une colo­nie peut conte­nir trois mil­liards de bac­té­ries (Bionumbers). On consi­dère que chaque colo­nie pré­sente sur la gélose cor­res­pond ini­tia­le­ment à une bac­té­rie. On uti­lise le terme UFC (uni­té for­mant colo­nie) qui cor­res­pond au nombre ini­tial de bactérie.

En fonc­tion du nombre de colo­nies sur la gélose il est ain­si pos­sible d’es­ti­mer la quan­ti­té de bac­té­ries pré­sentes ini­tia­le­ment. Cette étude uti­lise trois caté­go­ries pour le dénom­bre­ment : faible (0 à 10 UFC), modé­ré (11 à 30 UFC) et éle­vé (plus de 30 bactéries).

Combien de bactéries dans une barbe ?

Parmi les pré­lè­ve­ments chez les hommes, la tota­li­té pré­sen­tait un nombre éle­vé d’UFC tan­dis que seule­ment 23 chiens sur 30 ont un tel niveau. Les autres chiens ayant un nombre modé­ré d’UFC.

Le nombre de bac­té­ries (ou d’UFC) n’est pas un indi­ca­teur d’hy­giène en soi même. En effet, les bac­té­ries pré­sentes sur la peau ne sont pas for­cé­ment néga­tives pour la san­té humaine et cer­taines ont même un rôle posi­tif [1]. La peau humaine est natu­rel­le­ment recou­verte de bac­té­ries qui l’aide à se défendre contre d’autres bac­té­ries nocives (patho­gènes). De pré­cé­dentes études avait quan­ti­fié la den­si­té de bac­té­ries qui consti­tue ce micro­biome [2]. Dans des condi­tions nor­males, cette den­si­té varie de 1 700 à 4 400 et de 4 800 à 110 000 000 bac­té­ries par cm² pour les zones sèches et humides de la peau respectivement.

Schéma sim­pli­fié de la peau et du micro­biome asso­cié. Les glandes séba­cées et sudo­ri­pares pro­duisent res­pec­ti­ve­ment le sébum et la sueur. La flore micro­bienne sur l’é­pi­derme pro­tège des micro-orga­nismes patho­gènes.

Les bactéries de la barbe sont-elles dangereuses ?

Deux espèces bac­té­riennes patho­gènes (c’est-à-dire capables d’in­fec­ter un humain) ont été retrou­vées par­mi les pré­lè­ve­ments : Enterococcus fae­ca­lis dans cinq barbes et Staphylococcus aureus dans deux barbes res­pec­ti­ve­ment. Ces bac­té­ries sont dites patho­gène oppor­tu­niste car leur pré­sence n’im­plique par for­cé­ment une infec­tion et une mala­die. En effet, ces bac­té­ries peuvent être trou­vées chez des per­sonnes saines (por­teurs sains) et deve­nir patho­gènes seule­ment lorsque les défenses de l’or­ga­nisme sont affai­blies (cou­pure, stress, maladie, … ).

Exemples de quelques bac­té­ries patho­gènes oppor­tu­nistes retrou­vées chez les humains. Ces bac­té­ries peuvent être pré­sentes chez des por­teurs sains sans pro­vo­quer de symp­tômes. Lorsque les condi­tions deviennent favo­rable pour ces bac­té­ries, elles peuvent deve­nir patho­gènes.

La bac­té­rie Staphylococcus aureus (éga­le­ment appe­lée Staphylocoque doré) est retrou­vée chez envi­ron 10 à 20 % des humains au niveau des fosses nasales ou de la gorge [3]. Enterococcus fae­ca­lis est retrou­vé chez 20 % des humains au niveau de la cavi­té buc­cale et chez 80 % des humains au niveau du tube diges­tif [4]. La pré­sence de ces deux bac­té­ries n’est donc pas sur­pre­nante puis­qu’elles sont natu­rel­le­ment trou­vées chez une par­tie des humains. Malgré le fait qu’elles soient répan­dues dans la popu­la­tion ces bac­té­ries peuvent quand même poser des pro­blèmes d’hy­giènes dans le cadre de milieux hos­pi­ta­liers où sont pré­sents des per­sonnes avec un sys­tème immu­ni­taire affaiblis.

Dans le cadre de cette étude la bac­té­rie Staphylococcus aureus a aus­si été trou­vée dans les poils d’un chien ain­si qu’une souche d’Enterococcus et deux souches de Moraxella. Le nombre de bac­té­ries patho­gènes est donc plus faible chez les chiens (4 /​ 30) que chez les humains tes­tés (5 /​ 18). Les auteurs indiquent comme limites à leur étude de ne pas avoir étu­dié les bac­té­ries pré­sentes sur la peau des femmes et éga­le­ment d’a­voir étu­dié seule­ment la pré­sence de bac­té­ries et non pas d’autres micro-orga­nismes comme les vers. D’autres limi­ta­tions pour­raient être citées telles que le faible nombre de par­ti­ci­pants ou la méthode d’é­tude ne per­met­tant de culti­ver qu’une par­tie limi­tée des bactéries.

Perspectives de l’étude

Les résul­tats de cette étude sont donc à rela­ti­vi­ser par rap­port à ce que cer­tains médias d’in­for­ma­tions indiquent. Le but de l’é­tude n’é­tant pas de com­pa­rer l’hygiène des ani­maux de com­pa­gnie à celle des humains. Pour répondre à la ques­tion ini­tiale, il sem­ble­rait que l’u­ti­li­sa­tion des appa­reils d’IRM par les ani­maux ne conta­mine pas le maté­riel médi­cal plus que les humains.

Référence de l’étude

Gutzeit, A., Steffen, F., Gutzeit, J., Gutzeit, J., Kos, S., Pfister, S., Berlinger, L., Anderegg, M., Reischauer, C., Funke, I., Froehlich, J., Koh, D., Orasch, C. (2018). Would it be safe to have a dog in the MRI scan­ner before your own exa­mi­na­tion ? A mul­ti­cen­ter stu­dy to esta­blish hygiene facts rela­ted to dogs and men. European Radiology. doi:10.1007/s00330-0185648‑z (lien)


Bibliographie com­plé­men­taire

[1] Byrd, A. L., Belkaid, Y., & Segre, J. A. (2018). The human skin micro­biome. Nature Reviews Microbiology, 16(3), 143155. doi:10.1038/nrmicro.2017.157 (lien)

[2] Leyden, J. J., McGinley, K. J., Nordstrom, K. M., & Webster, G. F. (1987). Skin micro­flo­ra. Journal of Investigative Dermatology, 88(s3), 65s–72s. doi:10.1111/15231747.ep12468965 (lien)

[3] Horn, J., Stelzner, K., Rudel, T., & Fraunholz, M. (2018). Inside job : Staphylococcus aureus host-patho­gen inter­ac­tions. International Journal of Medical Microbiology, 308(6), 607624. doi:10.1016/j.ijmm.2017.11.009 (lien)

[4] Kao, P. H. N., & Kline, K. A. (2019). Jekyll and Mr. Hide : How Enterococcus fae­ca­lis sub­verts the host immune res­ponse to cause infec­tion. Journal of Molecular Biology. doi:10.1016/j.jmb.2019.05.030 (lien)

Pour par­ta­ger :

1 réflexion sur “Les poils des chiens sont-ils plus propres que ceux des barbes ?”

  1. S

    Et sur­tout, 18 indi­vi­dus c’est assez peu pour tirer de grandes conclu­sions quant à l’hy­giène des barbes en général.
    D’autant que l’é­tude de la flore cuta­née de l’homme n’é­tait pas le but pre­mier de l’article.
    C’est fou qu’un petit papier comme ça ait eu tant de visibilité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7 + 8 =