Les vidéos sont-elles un bon support pour apprendre la microbiologie ?

Temps de lec­ture : 5 minutes

L’essor des nou­velles tech­no­lo­gies per­met la mise en places d’ap­proches ori­gi­nales dans le domaine de l’é­du­ca­tion. Ces nou­velles tech­no­lo­gies peuvent amé­lio­rer l’ap­pren­tis­sage ou l’intérêt des élèves. Dans le domaine de la micro­bio­lo­gie, plu­sieurs tech­no­lo­gies ont été tes­tées. Cela peut se tra­duire par l’im­pres­sion en 3D de molé­cules pour mieux visua­li­ser com­ment elles inter­agissent ensembles [1]. Des jeux vidéos édu­ca­tifs (serious games) sont éga­le­ment une nou­velle méthode qui peut com­plé­ter celles plus clas­siques. À ces nou­velles méthodes s’a­joute aus­si par l’u­ti­li­sa­tion de vidéos [2].

Des ensei­gnants de l’u­ni­ver­si­té natio­nale d’Irlande à Galway ont éla­bo­ré une série de vidéos pour aider à l’ap­pren­tis­sage des gestes tech­niques en micro­bio­lo­gie. Quels sont les avan­tages de cette approche ?

De quoi parlent ces vidéos ?

Ces vidéos s’a­dressent à un public d’é­tu­diants en licence (bachelor’s degree) et ont pour thème les tech­niques clas­siques de culture, de colo­ra­tion et d’i­den­ti­fi­ca­tion des micro-orga­nismes. À cela s’a­joute la démons­tra­tion d’ap­pa­reils et de tech­niques de bio­lo­gie molé­cu­laire. On retrouve par exemple :

- iso­le­ment d’une bactérie ;

- pré­pa­ra­tion de dilu­tions en cascade ;

- comp­tage de colo­nies ;

- uti­li­sa­tion d’un micro­scope optique ;

- colo­ra­tion de Gram ;

- détec­tion d’ADN par PCR ;

- détec­tion de pro­téines par wes­tern blot

Au total 41 vidéos ont été mises en ligne sur la pla­te­forme Youtube (lien).

Quel est l’avantage de réaliser des vidéos ?

Ces vidéos cor­res­pondent à une for­ma­tion dite “asyn­chrone”. Dans une for­ma­tion en classe tra­di­tion­nelle, tous les élèves apprennent en même temps, ils sont donc “syn­chrones”. Des inter­ac­tions en “temps réels” sont pos­sibles entre les élèves et le pro­fes­seur. Au contraire avec ces vidéos, l’apprentissage n’a pas lieu au même moment pour chaque élève. La for­ma­tion est donc dite “asyn­chrone”.

Cette méthode d’ap­pren­tis­sage asyn­chrone four­nit plu­sieurs avan­tages tels que :

- Les élèves peuvent faire des pauses dans les vidéos et reve­nir sur les points qu’ils ont mal compris.

- Elle offre de la flexi­bi­li­té à l’élève, lui per­met­tant d’apprendre à son rythme.

- Les étu­diants peuvent reve­nir sur les points sur les­quels ils ont des pro­blèmes sans inter­rompre les autres élèves.

Le for­mat vidéo pré­sente un autre pré­sente avan­tage plus spé­ci­fique aux tra­vaux pra­tiques. En effet, la camé­ra étant près du mani­pu­la­teur, les gestes tech­niques sont bien visibles par tous. Cela n’est pas for­cé­ment le cas en salle de TP lorsque plu­sieurs per­sonnes se groupent devant le pro­fes­seur qui réa­lise le geste technique.

Comment ont été préparées ces vidéos ?

En plus de l’é­quipe d’en­sei­gnants, un pro­fes­sion­nel du domaine de la vidéo a été enga­gé pour ce pro­jet. Les mani­pu­la­tions fil­mées sont réa­li­sées par quatre doc­to­rants. Après avoir répé­té, pen­dant deux semaines, les tech­niques qui allaient être fil­mées, les vidéos ont été tour­nées en huit jours. Le mon­tage et la post-pro­duc­tion ont duré 6 mois. Le mon­tage des vidéos a été réa­li­sé en plu­sieurs étapes sépa­rées par envi­ron 400 heures d’a­na­lyses et de retours par l’é­quipe scien­ti­fique. Toutes les infor­ma­tions non néces­saires ont été éli­mi­nées pour ne pas per­tur­ber l’ap­pren­tis­sage. Au cours du mon­tage des enre­gis­tre­ments audio ont aus­si été réen­re­gis­trés et syn­chro­ni­sés avec les infor­ma­tions visuelles.

Des for­mats courts (3 à 6 minutes) ont été choi­sis pour favo­ri­ser l’at­ten­tion et l’in­té­rêt des élèves. Faire des vidéos les plus courtes pos­sible per­met d’a­mé­lio­rer l’ap­pren­tis­sage et favo­rise le revi­sion­nage [3]. Les sujets com­plexes ont été divi­sés en plu­sieurs vidéos selon ce principe.

Durée de vision­nage de vidéo en fonc­tion de leur durée. Plus la durée de la vidéo aug­mente et plus dimi­nue la durée de vision­nage. Données sim­pli­fiées à par­tir de la figure 2 de Guo et al., 2014 [3].

Des anno­ta­tions et ani­ma­tions ont été ajou­tées pour atti­rer l’attention des étu­diants sur cer­tains élé­ments. L’ajout d’a­ni­ma­tions est éga­le­ment une méthode connue pour amé­lio­rer l’ap­pren­tis­sage com­pa­rée à des images sta­tiques [4].

Exemples d’a­ni­ma­tions et d’an­no­ta­tions sur les vidéos. © Microbiology tea­ching videos at NUI Galway

La pla­te­forme Youtube a été choi­sis pour sa faci­li­té d’u­ti­li­sa­tion. La pos­si­bi­li­té d’a­jou­ter des sous-titres au vidéos dans d’autres langues a aus­si eu un impact sur le choix de cette plateforme.

Une ani­ma­tion d’in­tro­duc­tion et des cré­dits ont été rajou­tés à chaque vidéo pour assu­rer une homo­gé­néi­té et don­ner une image de marque. Le fait que ces vidéos soient regrou­pées au même endroit faci­lite l’ac­cès pour les étu­diants. Ils n’ont pas besoin de recher­cher sur inter­net par­mi les nom­breuses options possibles.

Ces vidéos sont-elles efficaces ?

Les étu­diants ont répon­du à des ques­tion­naires ano­nymes sur inter­net par rap­port à cette approche péda­go­gique. Les réponses des étu­diants indiquent qu’ils ont mieux com­pris les notions abor­dées via les vidéos. Ces réponses indiquent aus­si que pour eux cela a été utile que les vidéos soient tour­nées dans leurs lieux de cours. En effet, le maté­riel uti­li­sé est le même que durant leurs séances de TP, contrai­re­ment à d’autres vidéos sur le même sujet mais avec du maté­riel dif­fé­rent. La majo­ri­té des étu­diants sou­hai­tant même avoir de telles vidéos pour les autres matières. 

Perspectives de l’étude

Ces vidéos ont per­mis une approche dite de “péda­go­gie inver­sée”. Les étu­diants étaient invi­tés à visua­li­ser les vidéos avant de venir en séances de TP. Ils pou­vaient ensuite repro­duire ce qu’ils avaient vus.

Ces vidéos sont un sup­port inté­res­sant pour com­plé­ter les cours théo­riques et les TP. De plus ces vidéos sont sans publi­ci­tés et ont été réa­li­sées avec rigueur scien­ti­fique. Quinze mois après leurs mises en lignes ces sup­ports de cours ont été vues plus de 40 000 fois et dans 47 pays.

Des vidéos simi­laires ont été réa­li­sées par d’autres struc­tures de for­ma­tion. Par exemple, le cégep François-Xavier Garneau (col­lège d’enseignement géné­ral et pro­fes­sion­nel), au Canada (lien).

Référence de l’étude

Lacey, K., & Wall, J. G. (2020). Video-based lear­ning to enhance tea­ching of prac­ti­cal micro­bio­lo­gy. FEMS micro­bio­lo­gy let­ters, fnaa203. Advance online publi­ca­tion. https://​doi​.org/​10​.​1093​/​f​e​m​s​l​e​/​f​n​a​a​203 (lien)


Bibliographie com­plé­men­taire

[1] Gordy, C. L., Sandefur, C. I., Lacara, T., Harris, F. R., & Ramirez, M. V. (2020). Building the lac ope­ron : A gui­ded-inqui­ry acti­vi­ty using 3D-prin­ted models. Journal of micro­bio­lo­gy & bio­lo­gy edu­ca­tion, 21(1), 21.1.28. https://​doi​.org/​10​.​1128​/​j​m​b​e​.​v​21​i​1​.​2091 (lien)

[2] Sherer, P., & Shea, T. (2011). Using online video to sup­port student lear­ning and enga­ge­ment. College Teaching, 59(2), 5659. doi:10.1080/87567555.2010.511313 (lien)

[3] Philip J. Guo, Juho Kim, and Rob Rubin. 2014. How video pro­duc­tion affects student enga­ge­ment : An empi­ri­cal stu­dy of MOOC videos. In Proceedings of the first ACM confe­rence on Learning @ scale confe­rence (L@S ’14). Association for Computing Machinery, New York, NY, USA, 4150. DOI:https://doi.org/10.1145/2556325.2566239 (lien)

[4] O’Day D. H. (2007). The value of ani­ma­tions in bio­lo­gy tea­ching : A stu­dy of long-term memo­ry reten­tion. CBE life sciences edu­ca­tion, 6(3), 217223. https://doi.org/10.1187/cbe.0701-0002 (lien)

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